Dans mon téléphone les informations bouillonnent et m’empêchent d’écrire, des sonneries stridentes me rappellent à l’ordre à chaque seconde : tu dois prendre position ; tu dois choisir le côté du peuple ; tu dois choisir ton côté de la barricade ; enfile ton gilet jaune ; défile, descends dans la rue ; va manger ta gazeuse ; mobilise toi.
Un ami Facebook ne me retrouve pas dans une pétition, il m’insulte, me traite de sans couilles, il me somme aussi de descendre dans la rue : « ton immobilisme crasse est la plus violente des prises de position » il me dit.
Total aussi m’espionne, grâce à mon téléphone il sait que je n’ai pas fait le plein de ma voiture [car je parle en dormant], il me dit : « Viens ! Va faire le plein tu es bientôt à sec. » Vinci autoroute m’envoie des bons plans pour éviter les gilets jaunes et s’excuse pour le désagrément.
Le sermon d’un prêtre me parvient par les réseaux sociaux, il dit sa colère, son indignation mais il ne prend pas position. On ne comprend pas de quel côté du mur il est. Dans les commentaires, quelqu’un affirme que les faux-semblants au moins sont sans arrière-pensée. Ce à quoi une autre personne lui conseille, en le traitant de fasciste, d’aller manger ses morts.
Partout les médias s’emploient à brouiller les pistes tout en partant en croisade contre les fake news. Heureusement que la censure est là pour temporiser Facebook !…
Et comme d’habitude, il est minuit. Et comme d’habitude, je n’ai pas encore écrit la chronique pour le Ravi. Et comme d’habitude, je ne parviens pas à faire le lien entre ce dont j’ai envie de parler et le thème de la chronique « cuisiner, c’est déjà résister ! ».
Quoique ? Attendez ! Mais bien sûr !…